"Ah, tu t'es fait percer le nombril ? Comme les pétasses ?"
At A Glance
Author anonymous
When It just happened
Artist Une jeune femme
Studio Magic Circus
Location Rue des Lombards, Châtelet, Paris, France
Récemment, j'ai considéré le piercing au nombril, sa banalité affligeante, sa vulgarisation, et après me l'être refusé de longs mois durant, je me le suis enfin offert il y a quelques heures.

En effet, je trouvais le piercing au nombril bien trop commun et désormais, toutes les pouffes en ont un. Je me disais que je ne voulais pas leur ressembler, que je n'avais pas fait mon asociale durant toutes ces années, à porter des t-shirts ventant les mérites de Satan au collège tandis que les autres filles faisaient du shopping avec leur sac à main pour aujourd'hui, à dix-sept ans, mettre un morceau d'acier analogue au leur dans mon pauvre nombril. « Je ne suis pas comme vous ! » Ce n'était pas seulement du snobisme enfantin, je voulais également éviter que mes proches se foutent de ma gueule : « Ah, tu t'es fait percer le nombril ? Comme les pétasses ? »

Eh bien si, figurez-vous que je l'ai fait ! J'ai cependant le projet de l'élargir par la suite (ce sera une autre histoire, alors.) La douleur ne me faisait pas peur (j'ai quelques piercings à mon actifs, moins courants – certains suscitent même l'horreur. Enfin, je suppose que vous savez ce que c'est.) J'avais cependant un problème pour le studio car celui où j'allais avant a fermé. La dernière fois que je me suis fait percer, je suis allée chez le perceur le moins cher que j'aie pu trouver : Magic Circus à Paris, pour mon septum, et personnellement je n'aime pas.

Ce studio se veut très branché et fait aussi tatouage et salon de coiffure, c'est toujours bourré de monde et c'est l'usine, du coup c'est un peu n'importe quoi mais bon, ça reste certainement le studio le moins cher de Paname alors...

J'ai donc appelé ma meilleure pote en début d'après-midi, avec qui je vais me faire percer habituellement, elle m'a dit d'une voix empâtée : « Je dors là, tu veux pas qu'on y aille demain ? » Eh bien non, je ne voulais pas. Alors j'ai pris le RER et j'y suis allée seule.

J'ai rapidement trouvé et je suis allée voir la nana à l'accueil, dans le « salon de coiffure branché » et je lui ai montré mon autorisation parentale manuscrite ainsi que la photocopie de la carte d'identité de mon tuteur légal, et je lui ai demandé si leur promo « 15 euros de réduc pour les moins de 20 ans en imprimant la page du site web » marchait vraiment, elle m'a dit que oui. Tant mieux, car de toute façon je n'avais que 31 euros sur moi.

Je suis descendue et il n'y avait qu'une fille dans la salle d'attente à la musique lounge. La pièce de piercing n'a même pas de porte, c'est juste un rideau mal fermé. Il y a plusieurs perceurs qui bossent plus ou moins en même temps. Celui d'aujourd'hui était un jeune type avec un diamant scintillant incrusté dans une de ses dent, ce qui me l'a immédiatement rendu antipathique – me faire percer par un mec avec un diamant dans la dent ? Non mais vous voulez rire !

Je suis quand même restée, maintenant que j'y étais. J'ai attendu super longtemps, et en plus il y a plein de monde qui s'est ramené, que des pétasses qui venaient se faire percer la langue ou la mouche, sans surprise, et se posaient des questions entre elles, du genre quel piercing est le plus douloureux ou est-ce qu'on perce la dent pour mettre un brillant dedans et si oui est-ce que ça fait mal et sinon prennent-ils les chèques ici, non, eh bien venez les filles on va dans un autre studio. Enfin bon, le pire c'est quand même les mères de famille genre super dans le coup avec leurs cheveux courts et leur tatouage à la mord moi le noeud qui emmènent leur gamine avec un t-shirt « Fuck Parental Advisory » se faire percer le cartilage. Passons. C'est bien, le silence.

Enfin mon tour, c'est pas trop tôt, on n'est pas d'ici et il n'y a pas de phare sur le vélo. O joie, c'est une perceuse qui va s'occuper de moi. J'entre dans la salle de piercing, elle me demande si j'ai mangé, je lui dis que ouais, je coince ma chemise sous mon soutien-gorge et laisse mes bras le long du corps, droite et solennelle, tandis qu'elle désinfecte mon nombril ennuyé avec un liquide brunâtre et qu'elle se concentre pour me faire les points au stylo noir. Elle ne me tend pas de miroir, je me penche pour regarder, ça me semble correct, alors je m'assois sur la chaise de dentiste qu'elle abaisse. L'autre perceur est entré aussi, il voltige autour de nous et fait autre chose. Je n'ai pas regardé si elle mettait des gants, si elle me perçait au cathéter ou à l'aiguille, quelle gueule avait l'anneau ou quoi que ce soit car je ne préférais pas voir. Je n'étais pas extrêmement stressée mais j'aurai préféré connaître le/la perceur/se, c'est toujours bien plus confortant.

Quoi qu'il en soit, j'ai fermé les yeux, elle a serré les pinces, et là elle a enfoncé un truc pointu, j'ai eu mal oui, c'étais vachement désagréable mais j'ai connu pire en matière de piercing, donc largement supportable au final. Elle a passé l'anneau, un anneau tout con, j'ai un peu saigné, elle m'a mis un pansement pour le temps que je rentre chez moi et m' fait les recommandations d'usage et m'a donné une feuille de soin. Je suis allée payer en haut, 31 euros donc, et je suis partie.

Mon anneau et mon nombril sont tous les deux poisseux de sang. La perceuse était plutôt sympa mais je pense que ce studio reste tout de même à réserver pour les moments où vous êtes trop fauchés pour vous offrir le luxe d'aller dans un endroit qui ne se prendra pas pour un truc polyvalent, people mode et tout et qui ne sera pas tout le temps bondé.

On m'a dit de revenir dans trois semaines pour vérifier si tout va bien mais je ne pense pas que ce sera nécessaire, j'arrive déjà à faire tourner l'anneau.

A part ça, ma mère trouve ça naze, ma soeur aussi et quand je l'ai annoncé à mon père tout à l'heure ("Qu'est-ce que tu faisais seule à Paris ?" Moi : "Percer le nombril.") il a simplement esquissé une grimace et n'a pas demandé à le voir ni à savoir quoi que ce soit d'autre.

Dans quelques mois, l'histoire (si tout se passe bien) de mon nombril streché.

Restez rock'n'roll.


Disclaimer: The experience above was submitted by a BME reader and has not
been edited. We can not guarantee that the experience is accurate, truthful,
or contains valid or even safe advice. We strongly urge you to use BME and
other resources to educate yourself so you can make safe informed decisions.


Return to Navel / Standard