At A Glance Author foxy Contact foxy@bme.anon When Five years ago Artist André Studio Studio de tatouage Magik Location Québec La journée de mon seizième anniversaire, j'ai demandé à me faire percer la langue. Chose demandé, chose obtenue. Donc, nous voilà en route, ma meilleure amie Eve, ma mère et moi, vers le studio de tatouage et de perçage. En essayant de masquer mon anxiété, je pose tout plein de questions à Eve. Est-ce que ça fait mal? Est-ce qu'il se peut que j'avale la barbell? Est-ce que le perceur est expérimenté? À mon grand malheur, Eve me répond ceci: Le perçage ne fait pas mal mais lorsque l'anesthésiant dégèle cela fait mal. Non, tu ne peux pas avaler la barbell. Oui, il est expérimenté.
Donc, nous arrivons enfin au studio et mon anxiété commence à grandir. Je me demande même si je ne ferais pas mieux de tout laisser tomber. Mais bon, comme je suis quelqu'un qui à beaucoup d'honneur avec soi-même, et surtout parce que je ne veux pas que ma mère et ma meilleure amie rient de moi, j'entre dans le studio.
Le perceur remarque mon anxiété et me parle pour me détendre. Mais c'est un vrai magicien car cinq minutes plus tard, je suis tout à fait détendue. Alors, pour tout gâcher cette détente nouvellement acquis, il me demande si je veux utiliser de l'anesthésiant. Je lui dit tout d'abord non mais Eve me recommande fortement d'en prendre. Le perceur applique alors une substance rose gélatineuse sur ma langue et m'ordonne de ma pas coller ma langue sur mon palais, de lécher ma langue ou bien d'avaler ma salive pour quinze minutes.
Me voilà donc, cinq minutes plus tard avec la bave qui me coule sur le chandail, devant toutes ces personnes. Ce studio est très fréquenté et je me sens comme une parfaite idiote. Mais bon, je prends mon mal en patience car il me reste tout de même dix minutes à attendre.
Au bout de ces quinze minutes interminables, du moins de mon point de vue, le perceur me fait entrer et me demande de m'allonger sur le fauteuil. De la salive plein le chandail, je m'exécute. Il prend alors une énorme paire de pince, bon une petite mais j'ai tendance à dramatiser les choses, et me pince la langue assez fort. Ensuite vient l'aiguille. Ah non, j'avais oubliée que j'ai une peur bleue des aiguilles. J'en ai tellement peur, qu'à l'hôpital, je manque de tomber inconsciente à chaque prise de sang. En plus, cette aiguille me semble beaucoup trop longue.
Le perceur me demande alors de bien sortir ma langue. Ouvrant la bouche avec réticence, il parvient à positionner l'aiguille au milieu de la paire de pince. Il place alors cette aiguille sur ma langue et me demande de prendre une grande inspiration. Je prends alors cette inspiration tout en me crispant car je sais ce qui s'en vient. À ma grande surprise, il me fait rien. Bon, il a peut-être décidé que j'étais une mauvaise candidate au perçage et refuse de me percer la langue. Je me détends alors et d'un coup l'aiguille transperce ma langue. Mais c'est qu'il est malin, il a attendu que je me détende. L'anesthésiant semble faire effet car je me sens absolument rien. Bon le reste m'apparaît maintenant comme un jeu d'enfant. Il prends alors la barbell et la fait glisser dans l'ouverture nouvellement pratiquée dans ma langue. Il visse les deux petites boules du bout et hop me voilà debout et prête à montrer ma langue au monde entier.
Je sors de la cabine et me dirige vers ma meilleure amie et ma mère, tout en leur exhibant fièrement ma langue. Elles me demandent si cela a fait mal et si j'ai eu peur. Je leurs réponds avec nonchalance et disant la stricte vérité, non je n'ai pas eu peur et cela ne fait pas mal. Bon j'ai peut-être mentie un peu mais j'ai ma fierté féminine à protéger moi! En montrant ma langue à d'autres personnes, je me dirige vers le perceur.
Il me tends alors une feuille de papier avec une liste exhaustive de précautions à prendre. Il m'explique toutes ces directions. Je dois me laver les mains à chaque fois que je veux toucher à ma langue, je dois me rincer la bouche avec du Listerine après chaque repas, je dois bien serrer les boules au bout etc. Il me recommande alors de ne pas manger d'aliments solides pour les deux prochains jours en me disant que j'aurais un mal de chien sinon. J'acquieste à toutes ces demandes, je le remercie, je le paye et puis je m'en vais.
De retour dans l'auto, je m'aperçois que je zézaye un peu. Mon amie me rassure en me disant que ce n'est que temporaire. De retour à la maison, ma mère me prépare du jello, du pudding et de la crème glacée. Mais je ne veux pas de cela, je veux des ailes de poulet, sa spécialité, qu'elle a préparée pour ce soir. Ma mère me rappelle alors les conseils de mon perceur mais je fais la tête dure et lui réponds que je veux du poulet.
Je m'assis donc à la table avec mon énorme assiette d'ailes de poulet. Je commence par les déguster et puis mon appétit prends le dessus et je dévore littéralement mon assiette. Je me rends alors dans le salon pour écouter un peu de télévision. À ma grande surprise, ma langue me semble sur le point d'exploser. En mangeant, je n'ai pas ressenti la douleur mais maintenant cette douleur m'est insupportable. Ma mère essaie tout, de la crème glacée en passant dans des glaçons, rien n'arrive à calmer la douleur et à faire désenfler ma langue. Cette mésaventure dure deux jours.
La morale de cette histoire, vous voulez la savoir? Premièrement, ne laissez pas votre appétit prendre le dessus, et cela s'applique dans toutes les sphères de la vie. Et deuxièmement, et c'est ce qui est le plus important, écoutez et suivez scrupuleusement les directives de votre perceur. Il sait ce qui fait et ce qui est bon pour vous!